Le Forum de Davos: quel bilan pour l’Union Européenne ?

Le forum de Davos en Suisse rassemble chaque année des entrepreneurs, responsables politiques, intellectuels et journalistes venus du monde entier. Le sommet qui s’est tenu du 26 au 29 janvier recelait un enjeu important pour la zone euro : rassurer ses partenaires sur sa santé économique.
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Davos: l’Union Européenne au pied du mur
La réunion du forum économique mondial de Davos s’est achevée le 29 janvier 2012. Les pays de la zone euro fondaient en elle d’importants espoirs et souhaitaient rassurer leurs partenaires mondiaux, cependant le bilan du sommet s’est avéré très décevant pour l’Union Européenne.
Angela Merkel, Klaus Schwab - World Economic Forum Annual Meeting 2012
L'air suisse vivifie l'Union
"On a souvent le sentiment que l'Europe a affronté cette crise de façon lamentable, a dit Klaus Schwab, le fondateur du forum de Davos. Après vous avoir entendu, je suis rassuré." Malgré le scepticisme ambiant, l'Union Européenne a su relever l'objectif principal qu'elle s'était fixé : restaurer la confiance. Le forum économique mondial de Davos va permettre à l'Union de rassurer les marchés et de prendre un nouvel envol après deux ans de crise.

 

La 42e réunion annuelle du forum de Davos en Suisse a rassemblé les principaux chefs d’entreprise et acteurs politiques du monde du 25 au 29 janvier 2012. La rencontre, placée sous le signe de la crise, avait généré d’importantes attentes surtout sur  le règlement de la crise de la zone euro. Ces attentes ont été majoritairement déçues. La zone euro est apparue plus que jamais sur la sellette face à l’exigence de garanties du reste du monde et la faiblesse des mesures annoncées a eu pour effet de souligner les antagonismes au sein des pays européens. Le forum de Davos peut donc être considéré comme un échec pour la zone euro.

L’Union Européenne mise au pied du mur

Lors des cinq jours de conférence l’inquiétude du monde vis-à-vis de la fragilité de la situation économique de la zone euro a transparu. Les pays émergents en particulier veulent des garanties de la solidité de l’Union Européenne et de sa capacité à mobiliser les ressources suffisantes pour aider les pays en difficulté au sein de la zone comme la Grèce. En effet, les pays émergents subissent de plein fouet le contrecoup de la crise de la zone euro en enregistrant une  forte baisse de leurs exportations à destination des pays européens. Ainsi, une sorte d’ultimatum a été lancé aux pays européens par le ministre des finances japonais notamment. Il a prévenu qu’en l’absence d’une action ferme de l’Union Européenne, il doutait que les pays émergents acceptent de verser de l’argent au FMI.  Donald Tsang, le chef de l’exécutif de Hong Kong s’est dit plus effrayé que jamais en ce qui concerne la situation de la zone euro. En d’autres termes, il est nécessaire que les grands pays européens montrent « la couleur de l’argent ». Or la chancelière allemande, Angela Merkel,  a catégoriquement refusé d’élever la participation de l’Allemagne au fonds de secours européen récemment constitué comme l’ont suggéré Christine Lagarde (directrice du FMI), et Timothy Geithner (secrétaire américain au trésor). Cette incertitude quant à l’avenir de la zone euro est également croissante chez les entrepreneurs. Certains s’inquiètent déjà d’une éventuelle dissolution de la zone voire d’un effondrement de l’euro lui-même, d’autres estiment que l’Europe ne vaut plus leurs investissements. Pour ce qui est des chefs d’entreprise européens, ils se désolent de « l’image déplorable » de l’Union Européenne hors de ses frontières. La confiance en les pays européens semble donc au plus bas.

Les dissensions au sein de la zone euro mises en lumière

Même si les dirigeants européens présents tels Angela Merkel ont tenté de se montrer rassurants, des divergences entre les pays européens se sont fait jour à Davos. Cet état de fait n’a pas contribué à améliorer l’image de la zone euro. Les différents pays semblent tout d’abord avoir des difficultés à s’entendre sur  la stratégie à mener pour sortir la Grèce de ses problèmes d’insolvabilité. La seconde pierre d’achoppement est le fonds de secours européen récemment mis en place. David Cameron est d’avis d’augmenter la participation des pays membres quand la chancelière allemande est opposée à toute augmentation de la contribution allemande.

David Cameron, Premier Ministre britannique - "special adress" au forum de Davos 26 janvier 2012

Enfin, les réformes structurelles promises par Angela Merkel dans son discours d’ouverture seront certainement encore insuffisantes pour régler la crise de la dette des pays européens. En effet l’installation de vrais « pare-feu » ainsi qu’un pacte budgétaire demandera encore de nombreuses négociations entre les pays à l’image de  celles qui reprendront au sommet de Bruxelles le 31 janvier.

Au final, ce forum a d’avantage souligné les failles de la zone euro que rassuré le reste du monde. A la confiance que les dirigeants européens demandent, les politiques et entrepreneurs non-européens opposent une exigence de garanties. Bien que les craintes des dirigeants non européens et particulièrement des pays émergents soient  probablement exagérées, leur réaction n’en est pas moins inquiétante. Les pays de la zone euro doivent donc rapidement faire leurs preuves.

 

 

L'auteur est étudiante à Sciences Po Paris

Photo: Flickr

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Constance Marécheau

 

On a souvent le sentiment que l'Europe a affronté cette crise de façon lamentable, a dit Klaus Schwab, le fondateur du forum de Davos. Après vous avoir entendu, je suis rassuré."Malgré tous les sceptiques, l'Europe a su convaincre, et prouver sa capacité à réagir et rebondir. Ouverte par Angela Merkel le 27 janvier à Davos, au coeur des montagnes suisses, et refermé le dimanche 29, la 42ème édition du forum de Davos va permettre à l'Union de rassurer les marchés et de prendre un nouvel envol, après deux ans de crise.

Angela Merkel, la chancelière allemande: - "Europe devait débattre de nouvelles méthodes"

Un état des lieux des avancées européennes

Pour l'UE, le forum économique mondial de Davos était l'occasion rêvée pour redonner confiance aux marchés et aux investisseurs. Le forum réunit chaque année depuis 1971 des dirigeants d'entreprises, des responsables politiques du monde entier ainsi que des intellectuels et des journalistes, afin de traiter les problèmes urgents de la planète, comme de l'économie et l'environnement. La délégation européenne était constituée des ministres des finances allemand, français et espagnol, accompagnés du commissaire européen aux affaires économiques, Olli Rehn, ainsi que de Mario Draghi, le président de la Banque Centrale Européenne. Devant des investisseurs et des patrons, ils ont exposé les nombreux efforts et avancées opérés par l'UE afin de mettre fin à la crise de l'euro.

«Si l'on compare la situation d'aujourd'hui à celle d'il y a cinq mois, la zone euro est un autre monde." a résumé Mr Draghi. "Beaucoup de choses positives se sont produites sur les marchés, les banques ont plus de capitaux, moins de dettes, et sont d'une certaine manière immunisées contre les incitations perverses qui étaient caractéristiques de la crise financière", a-t-il ajouté. Lucides sur les efforts qu'il reste à accomplir, la délégation européenne a déclaré d'une même voix que la solution à la crise actuelle résidait dans une meilleure crédibilité des politiques économiques menées. Avant l'allocation de M. Draghi, Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des finances, avait souligné les "évolutions positives sur les marchés", et a assuré que l'UE maintenait la pression sur la Grèce. Pour les ministres français et espagnol, il s'agit avant tout de «remettre la maison à l'endroit», via la signature d'un pacte budgétaire, qui marquerait dans le marbre la maîtrise de l'équilibre des finances, ainsi que la mise en place d'un «pare-feu», que le secrétaire au Trésor américain Timothy Geithner souhaite «plus musclé, plus crédible», afin d'éviter la contagion. Avec l'annonce de ces multiples mesures, l'UE souhaitait marquer le coup, et faire du forum un nouveau départ pour l'UE.

Une Union convainquante et rassurante, menée par la chancelière allemande

Lors de la conférence d'ouverture, Angela Merkel a su répondre aux critiques du monde des affaires, jugeant les réponses de l'Union à la crise peu efficaces. Dans un véritable plaidoyer pour l'Europe, la chancelière a assuré que beaucoup de chemin reste à parcourir et que « l’Europe n’a pas encore tiré suffisamment les leçons de la crise », depuis 2009. Pour elle, il faut également repenser le fonctionnement actuel de l'UE, qui passe par une commission plus forte, agissant comme un « véritable gouvernement », quittant ainsi sa prudence habituelle. Ce discours montre la capacité de l'Union et de ses Etats membres à se remettre en question. Elle envisage même des partenariats entre les pays pour une meilleure circulation des travailleurs dans l'Union. « Dans vingt ans, mon rêve pour l’Europe, serait que les jeunes puissent aller travailler où ils veulent, sans obstacle», s’est-elle exclamée, enthousiaste.

Le 30 janvier, les 27 se sont réunis à nouveau lors d'un sommet pour débattre sur l'emploi et la croissance, en baisse dans la majorité des pays de l'Union. Angela Merkel y a obtenu la mise au point d'un traité limitant constitutionnellement le déficit de chaque pays. Cependant, malgré la campagne massive menée par l'UE au forum, afin de rassurer les marchés, il est difficile de ne pas garder en mémoire la charge du premier ministre David Cameron contre la zone euro et la diplomatie de Paris et Berlin le lendemain de l'allocution de la chancelière allemande, qui a fait de Davos la vitrine des dissensions européennes, une fois encore.

L'auteur est étudiante à Sciences Po Paris

Photo de la colonne: Flickr

Hélène Legay
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